©2019 Mohamed Saïyd - Lune Brisée

Un mariage à Maroc-Land (Extrait)

Mis à jour : 24 déc 2019




Institution sacrée, obligation religieuse et fête profane à la fois bruyante, digestive et visuelle, comment échapper à un mariage au mois d’août au Maroc ?... Ne cherchez pas : aucune personne n’a jamais réussi cet exploit. Entre les klaxons des cortèges, les youyous des invitées, les larsens des orchestres et les tambours des groupes, tout marocain, quelque soit le quartier ou le village où il se trouve, est condamné à supporter le bonheur de son prochain.

Pour ma part, j’ai justement la chance de le supporter d’encore plus près puisque je suis invité à un mariage. Enfin, invité... Ce n’est pas tout à fait ça... Disons que j’ai été invité par mes cousins qui, eux, ont été invités par l’ami du collègue d’une connaissance du marié. Du coup, je faisais un peu partie de la famille.

Nous sommes d’ailleurs accueillis comme tel par le marié qui, à l’entrée de la salle, nous souhaite la bienvenue. Nous le saluons chaleureusement et nous félicitons... heu... Il s’appelle comment déjà ?... Puis nous rentrons.


Ici, dans le Nord, un mariage commence doucement. La musique est lente, balbutiante, surmontée par le bruit de palabres qui monte et résonne contre le carrelage d’une vaste salle décorée. D’un coté, les hommes, de l’autre, les femmes, séparés par un cordon de sécurité. Des serveurs distribuent le thé, des bouteilles d’eau, et surtout, ce que l’on appelle ici le « passeport » : une boite de petits gâteaux à emporter avec soi, qui fournit la preuve juridique incontestable que vous avez passé la nuit à ce mariage. Le « passeport » vous permet alors de rentrer sans encombres dans votre foyer, à une heure très avancée de la nuit...

Pour l’heure, nous n’en sommes pas encore là, loin s’en faut. L’atmosphère est encore titubante. L’accueil des arrivants qui saluent un à un les convives. La distribution renouvelée du thé. L’écoute fragmentaire de discussions sérieuses. Les minutes ricochent en biais sur les piliers. On s’ennuie.

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Une rangée austère de vieux hajs, de pères de famille fatigués après leur journée de travail et d’invités-malgré-eux, venus faire acte obligatoire de présence, barrent la route au fun.

Et alors que l’orchestre se hasarde à jouer une musique un peu plus rythmée, un bug traverse soudain la salle... Là-bas, un jeune s’est levé... Sous prétexte que c’est un mariage et qu’il veut mettre de l’ambiance, le fou commence soudain à danser, timidement d’abord...

Dans la rangée vénérable et austère, des yeux brillent d’un rouge inquiétant. On essaie discrètement de faire comprendre au jeune qu’il faudrait qu’il arrête... On le rassoit. Mais emporté par le rythme, il se lâche complètement et commence même à se diriger vers son groupe de potes pour les inviter...

Il n’en aura pas le temps. Un rayon laser rouge le foudroie violemment. Il s’effondre au sol, sonné. Deux serveurs, entraînés à ce genre d’intervention, traînent rapidement son corps hors de la scène. Après un court silence accompagnant la sortie du malheureux, les paroles et les discussions reprennent.

[...]


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